Assurance – Emprunteur : 1er Frémissements sur le marché

Les Français semblent s’intéresser à la possibilité nouvelle de changer tous les ans l’assurance de leur prêt immobilier. Les assureurs « alternatifs » ne sont pas encore véritablement passés à l’offensive sur ce marché qui vient de s’ouvrir en grand.

Pas de gros bouillonnements, mais des premiers signes de frémissement. Alors que le Conseil constitutionnel a validé le 12 janvier dernier  la possibilité pour les consommateurs de changer l’assurance de leur crédit immobilier chaque année , ceux-ci commenceraient à montrer de l’intérêt pour le sujet. Chez Meilleurtaux.com, par exemple, plus de la moitié des demandes en assuranceemprunteur en février ont porté sur la résiliation annuelle. « L’information est visiblement bien passée », se félicite-t-on chez ce courtier.

Magnolia.fr, un comparateur en assurance de prêt, a, lui, reçu 55 % de demandes de plus depuis le 12 janvier par rapport à la même période de 2017. Et 40 % d’entre elles concernaient des contrats de plus d’un an, c’est-à-dire ceux pour lesquels le changement n’était auparavant pas possible. Le mouvement est tout aussi net sur le comparateur LesFurets.com, avec un nombre de devis qui a presque triplé en février comparé à février 2017.

« Beaucoup de dossiers dans les tuyaux »

La Maif fait état également de premières tendances encourageantes. « Les sollicitations sont un peu supérieures à celles que nous attendions, avec un flux mensuel de 4.000 à 5.000 demandes sur janvier et février », détaille Stéphane Barbot, responsable marketing assurance de personnes à la Maif (26.000 contrats en portefeuille). « Il y a beaucoup de dossiers dans les tuyaux, au point que nous avons dû fermer un peu les écoutilles », explique de son côté Olivier Sanson, directeur général de l’assureur Afi Esca, qui va toutefois continuer de porter d’abord ses efforts sur la délégation d’assurance au moment de la souscription du prêt.

Changement, mode d’emploi

Pendant l’année qui suit la signature de l’offre de prêt, il est possible, depuis la loi Hamon de 2014, de changer de contrat à tout moment, à garanties équivalentes.

Tous les contrats peuvent désormais aussi faire l’objet d’une résiliation annuelle à chaque date anniversaire.

L’assuré devra envoyer sa demande de résiliation au moins deux mois avant la date d’échéance. Le nouveau contrat devra offrir des garanties équivalentes à celles du contrat en cours.

Mais c’est la Macif qui est citée comme étant actuellement l’opérateur le plus offensif sur  un marché de l’assurance-emprunteur tenu par les établissements bancaires et leurs contrats « groupe » (85 % des cotisations totales en 2016). « Nous avions anticipé notre action sur notre portefeuille de sociétaires. En février, le nombre de contrats initiés a augmenté de 39 % par rapport à février 2017, qui avait déjà été un bon mois. Surtout, les trois quarts de cette production se sont faits sur de la reprise de contrats vieux de plus d’un an », confirme Jean-Michel Courtant, directeur marketing et développement de Macif Mutualité.

Les banques n’ont pas tardé à réagir

Cela dit, les assureurs dits « alternatifs » ne sont pas encore véritablement passés à l’action pour aller démarcher le stock d’assurés des contrats « groupe ». « Le fait que le secteur a été dans l’expectative de la décision du Conseil constitutionnel a pu freiner certains projets en fin d’année », constate David Echevin, directeur général d’Actelior, une société de conseil en actuariat et assurance. Du côté  des bancassureurs , on affirme ne pas avoir encore ressenti pour l’instant de vague particulière. « Nous n’avons pas vu d’explosion des volumes [de demandes de résiliations de contrats, NDLR], mais il est trop tôt pour tirer des conclusions à long terme », déclaraient ainsi les dirigeants de Société Générale Insurance la semaine dernière.

Personne ne s’attend en tout cas à un raz-de-marée soudain. « Cela va prendre un certain temps, comme cela a été le cas après l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, avec une inconnue sur la capacité de résistance des banques », estime Joël Farré, directeur général de MetLife France. Celles-ci, qui ont gros à perdre sur ce marché très rentable, n’ont pas tardé à répliquer. « Depuis début mars, il y a une réaction très nette des banques avec un alignement tarifaire de leurs contrats groupe. Cela nous laisse malgré tout de la place, étant donné que les contrats alternatifs offrent généralement de très bons niveaux de couverture », rapporte Stéphane Barbot. Mais « plus les acteurs alternatifs attendront, plus les banques auront le temps de préparer leur contre-offensive », prévient David Echevin. La partie de bras de fer ne fait que commencer.

Laurent Thévenin – Les Echos du 14/03/2018